La troménie de Locronan

AN DROVINI VRAS   -   LA GRANDE TROMENIE

 

            Le parcours de la grande Troménie de Locronan passe à proximité de l’endroit prévu par Orange pour la construction d’un pylône. Cette procession circulaire, qui se déroule tous les six ans, s’inscrit dans la continuation d’une ancienne pérégrination celtique qui faisait le tour du nemeton, le lieu sacré, dont le nom est conservé dans l’appellation de la forêt du Nevet.

 

            Au lieu-dit « Ar Groaz Ru’ » en face de l’habitation « Ti Nevez Leusteg » se situe la 6e station de la grande Troménie de Locronan. Lors du défilé religieux, les processionnaires font une halte à douze stations qui, antiquement, représenteraient les 12 mois de l’année. La procession giratoire chrétienne fait symboliquement aujourd’hui le tour du monastère, le prieuré créé en 1031 : trovini / troménie sont des abréviations de tro-minic’hi.

Des huttes parsèment le parcours ; elles servent de reposoir, pendant la semaine de la Troménie, à des statues de saints ou de saintes. A Ti Nevez Leusteg se trouve l’abri de sant Milio (Miliau) et la hutte de santez Barba (Barbe) se trouve à quelques dizaines de mètres plus bas dans le chemin creux.

            Milio, anciennement écrit Miliau, est le saint patron de Plonevez Porzhe (Plonévez Porzay), le « plo(u)e nevez », la paroisse nouvelle du Porzhe, née d’un démembrement au haut Moyen-Age et, elle-même divisée depuis pour donner Locronan, entre autres communes. Un saint Milio serait né à Plonevez selon la tradition et le lieu dit Lanvilio (Lanviliau) atteste d’un ermitage local à Plomodiern. La fontaine de sant Milio se situe près du Stivell à Locronan à 200 m, de l’implantation projetée. Milio est le nom d’un roi de Cornouaille, père de Melar, tous deux assassinés, que les Bretons honorent comme des martyrs. L’existence d’un autre saint de même nom, sans doute d’origine insulaire, est attestée au 6e siècle.

  Santez Barba, sainte Barbe, est originaire du Proche-Orient et a vécu au 3e siècle. Un « mystère », pièce de théâtre d’inspiration religieuse, écrite en vers (5765) en « moyen-breton » (fin du Moyen-Age) en retrace la vie tragique. Barba, ou Barbara, s’est convertie au Christianisme, ce qui ne plait pas à son père qui l’enferme dans une tour (la tour est représentée sur les statues). Elle s’échappe et son père et ses troupes parviennent à la capturer. S’en suit un dialogue, longuement développé dans le mystère breton, entre le père et le diable qui finit par le convaincre de tuer sa fille. Aussitôt le crime perpétré, un violent orage éclate et la foudre terrasse le père et le pulvérise en de morceaux si minuscules que dans la poussière du chemin, dit la pièce bretonne, on n’en trouvait plus trace. Cette élimination par le feu de l’éclair explique que santez Barba soit la patronne de corporations comme celle des pompiers ou des mineurs ; l’école Polytechnique est également sous son patronage. La sainte est invoquée pour vous protéger du feu, de la foudre ou… de la mort subite. « Santez Barba ho tiwallo diouzh an tan… » (Sainte Barbe vous protégera du feu…) déclame-t-on en breton. Nous pourrions aujourd’hui compléter par « …ha diouzh ar gwall skinoù » (et des mauvaises ondes) afin de coller à l’actualité.

Texte de Lukian Kergoat, Ar Veneg, village qui a traditionnellement la responsabilité de la hutte de santez Barba.